Les troubles internalisants : penser en dimensions

Cours 2 de 4 — Séminaire de psychiatrie dimensionnelle
Laurent Elkrief, MD MSc, FRCPC
Psychiatre et chercheur · CHUM

Vignette d’ouverture : Maya

Maya, 24 ans — étudiante aux cycles supérieurs

  • Anxiété croissante, humeur basse
  • Pensées intrusives de contamination → rituels de vérification/lavage
  • Perfectionnisme et rigidité de longue date — adaptatifs, puis invalidants
  • Restriction alimentaire + insatisfaction corporelle (sous-seuil DSM)
  • Impulsivité basse, perfectionnisme élevé

Dx ?

Qu’est-ce que « internaliser » ?

Achenbach 1966 → Krueger 1999 → Kotov 2017
L’internalisation = les symptômes de détresse émotionnelle qui CO-VARIENT statistiquement.
« Internalisant » = problèmes dirigés vers le DEDANS (anxiété, dépression, retrait, plaintes somatiques). « Externalisant » = conflits avec l’ENVIRONNEMENT (agression, délinquance).
Kotov 2017 : « The internalizing dimension accounts for the comorbidity among depressive, anxiety, PTSD, eating disorders, sexual dysfunctions and OCD. »

Le DSM-5 le reconnaît lui-même
p. 12 : « the once plausible goal of identifying homogeneous populations [...] resulted in narrow diagnostic categories that did not capture clinical reality »
p. 13 : « clustering of disorders according to [...] internalizing and externalizing factors represents an empirically supported framework »

  • Le DSM SE CRITIQUE LUI-MÊME dans ses pages liminaires et propose les spectres int/ext comme alternative.

60 ans de données : le pattern qui refuse de disparaître

1966 Achenbach
Pattern identifié chez l’enfant

Stabilité dimensionnelle
Spectre internalisant :
r = .84 · enfants 3→6 ans (Olino 2018)
r = .69 · adultes 18→21 ans (Krueger 1998)
r = .74 · adultes mid-life (Eaton 2011)
r = .51 · adultes 41→56 ans (Watson 2022)
Sous-facteurs (adultes) :
Fear : r = .89 à 1 an (Vollebergh 2001)
Distress : r = .85 à 1 an (Vollebergh 2001)
vs DSM field trials :
κ = .20 (TAG), .28 (EDM)

  • 3-4× moins fiable

1999 Krueger
Répliqué chez l’adulte (NCS, n=8 098)

2003 Krueger & Markon
Réplication transculturelle

2017 Kotov et al.
HiTOP formalise (40 auteurs)

2022 Watson et al.
Supraspectre émotionnel validé

Les Big Five : 5 traits, 5 spectres

N

Neuroticisme
Instabilité émotionnelle

  • Internalisant

E
Extraversion
Sociabilité, énergie, PA

  • Détachement (pôle bas)

O

Ouverture
Curiosité, imagination

  • Trouble de la pensée (pôle haut)

A
Agréabilité
Coopération, confiance

  • Ext. antago. (pôle bas)

C

Conscienciosité
Autodiscipline, organisation

  • Ext. désinhibé (pôle bas)

Kotov 2010 (175 études) : le neuroticisme est le facteur de risque UNIVERSEL (d = 1.65 à travers tous les troubles)
Widiger 2019 : « The FFM provides the temperament base and personality foundation for HiTOP »

N↑ = tous les troubles internalisants · E↓ = dysthymie (d = -1.47), phobie sociale (d = -1.31) · C↓ = TUS (d = -1.22)

NA, Neuroticisme, Personnalité névrotique

Affectivité négative (NA)
Nosologie quantitative Kotov, Watson, Krueger

  • Disposition tempéramentale stable
  • Tendance à ressentir émotions négatives intenses et fréquentes
  • Mesure la covariance des SYMPTÔMES
  • r = 0.98 avec internalisation (Griffith 2010)
  • Haut = pathologie

Neuroticisme (Big Five)
Psychologie des traits Eysenck, Costa & McCrae

  • Dimension de personnalité normale
  • Réactivité émotionnelle, vulnérabilité au stress
  • Mesure le TEMPÉRAMENT émotionnel
  • Héritabilité 40-70% (Arias 2020)
  • Haut = vulnérabilité

Personnalité névrotique
Psychodynamique Freud → Kernberg → McWilliams

  • Niveau d’ORGANISATION le plus sain
  • Identité intégrée, épreuve de réalité intacte
  • Défenses MATURES (refoulement, sublimation, humour)
  • Affect anxieux/dépressif mais fonctionnement préservé
  • Haut = SAIN

La continuité hétérotypique : le dx change, le spectre reste

TAG

25 ans

MDD
30 ans

Phobie soc.
35 ans

TAG

40 ans

SPECTRE INTERNALISANT : STABLE

Continuité hétérotypique ≈ homotypique
Watson 2022 : « heterotypic continuity was comparable in magnitude to homotypic continuity »
La probabilité qu’un MDD « devienne » un TAG = aussi élevée que la probabilité d’un 2e épisode MDD.

Stabilité du spectre
r = .85 sur 3 ans (Olino 2018)
r = .74 sur 9 ans (Eaton 2011)
r = .51 sur 15 ans — génétique (Watson 2022)
Implication : penser en spectre donne de la FLEXIBILITÉ clinique — on cible la vulnérabilité de fond, pas le « dx du jour ».

Carte du cours

Le supraspectre existe
Slides 1-6

  • Section 1

□ Section 2
La structure interne
Slides 7-16

□ Section 3
Évaluer dimensionnellement
Slides 17-21

□ Section 4
Les circuits
Slides 22-27

□ Section 5
Traiter dimensionnellement
Slides 28-33

□ Section 6
Cas cliniques
Slides 34-38

☕ PAUSE entre Section 3 et Section 4

Fil rouge : Maya revient aux Sections 3, 5, 6

Le supraspectre émotionnel : vue d’ensemble

Clés
NA↑ Cœur partagé
r = .98 avec spectre
PA↓ Anhédonie
(Distress surtout)
Menace↑ Spécifique à Fear
Bottom-up Factoriel, pas
par consensus

MSS : « from broad superspectra... down through narrower spectra, subfactors, and specific symptom clusters »

Sous-facteur Distress : NA↑ — La détresse

« The distress subfactor reflects a combination of high negative affect and low positive affect » (Clark & Watson 1991; Watson 2022)

Composantes NA↑ — ÉTATS

  • Dysphorie / humeur dépressive
  • Rumination / inquiétude pervasive
  • Dérégulation émotionnelle
  • Irritabilité
  • Idéation suicidaire

Composantes NA↑ — TRAITS

  • Instabilité émotionnelle / traits borderline
  • Traits dépendants (anxiété de séparation)
  • Schéma de soi négatif / faible estime chronique
  • Neuroticisme élevé (Big Five)

Mapping DSM
MDD, dysthymie, TAG, TSPT chargent ici
Le TSPT charge sur Distress, pas Fear — détail plus loin

Mécanismes RDoC
Perte (Loss) · Non-récompense frustrante · Menace soutenue → trois circuits DISTINCTS de Fear

Sous-facteur Distress : PA↓ — L’anhédonie

Définition RDoC de PA↓ : Déficit dans les Systèmes de Valence Positive
Récompense anticipatoire (wanting) : motivation à POURSUIVRE. Circuit : VTA → NAcc (DA)
Récompense consommatoire (liking) : plaisir LORS de l’obtention. Circuit : opioïde/OFC

Composantes PA↓ — ÉTATS

  • Anhédonie / perte d’intérêt
  • Lassitude / amotivation
  • Insomnie
  • Dysfonction cognitive (concentration, mémoire de travail)

Composantes PA↓ — TRAITS

  • Tempérament anhédonique (faible extraversion)
  • Détachement (spectre HiTOP adjacent)
  • Faible réactivité au plaisir (trait de longue date)

Le continuum
tristesse normale → tristesse chronique → dépression
Mêmes circuits, différence QUANTITATIVE pas qualitative (Arias 2020, Mayberg)
Panksepp : PANIC/GRIEF → SEEKING (agitation) → désespoir (SEEKING↓ = PA↓)

Clé clinique
Les ISRS ciblent NA. Si PA↓ persiste → pivoter vers DA/NE
Bupropion, venlafaxine haute dose (voir Section 5)

Sous-facteur Fear : composantes

« Elevated negative affect distinguished by heightened threat reactivity and behavioral avoidance » (Elkrief et al.)

Composantes Fear — ÉTATS

  • Réactivité à la menace (threat sensitivity)
  • Évitement comportemental
  • Anxiété sociale (peur du jugement, inhibition)
  • Panique (réponse phasique, somatique)
  • Peur spécifique (stimulus identifiable)
  • Hypervigilance somatique (intéroception)

Composantes Fear — TRAITS

  • Inhibition comportementale (Kagan — dès 14 mois)
  • Sensibilité à l’anxiété (ASI — peur de ses propres sensations)
  • Évitement du danger / Harm avoidance (Cloninger)
  • Intolérance à l’incertitude (trait transdiagnostique)

Mapping DSM
Panique, agoraphobie, phobie sociale, phobie spécifique

Clé clinique
NA↑ (partagé avec Distress) + threat reactivity↑ (spécifique à Fear). Panique charge sur les DEUX sous-facteurs (Kotov 2017).

OCD : adjacent, pas dedans

Watson 2022 : « does not fall clearly into either subfactor »
Kotov 2017 : « relatively weak member of the fear cluster » avec chevauchement thought disorder
Trend récent : vers son propre cluster

Composantes OCD — ÉTATS

  • Obsessions (intrusions égodystones)
  • Compulsions (rituels, vérification, lavage)
  • Anxiété pré-rituel → soulagement post-rituel
  • Évitement des déclencheurs

Composantes OCD — TRAITS

  • Perfectionnisme pathologique
  • Rigidité cognitive (difficulté de set-shifting)
  • Intolérance à l’incomplétude (not-just-right)
  • Conscienciosité extrême (Big Five)

Pharmacologie distincte (MSS)

  • ISRS haute dose (fluoxétine 40-80mg, sertraline 150-200mg)
  • Augmentation AP atypiques
  • Glutamate (mémantine), clomipramine

Pertinent pour Maya
Ses dimensions OC sont PLUS élevées que sa détresse (MSS : profil qualitatif).
MSS : « Whether depressive distress requires separate intervention depends on how Maya’s OC elevations respond. »

Le flou structurel n’est pas un défaut — il reflète la réalité. Et la pharmacologie distincte le confirme.

Sous-facteurs émergents : eating + sexuel

Watson 2022 (p. 3) : « Growing evidence indicates that eating pathology forms a third subfactor within internalizing »

RDoC mapping — Eating
Valence positive : rapport altéré à la récompense alimentaire
Processus sociaux : perception de soi corporelle, comparaison sociale
Intéroception : conscience corporelle altérée (faim/satiété)
États : restriction, binge, purge, détresse image corporelle
Traits : perfectionnisme (partagé OCD), insatisfaction corporelle chronique, faible conscience intéroceptive

Pourquoi ça compte
4e sous-facteur : problèmes sexuels (émergent)
Défini par symptômes multiples de dysfonction sexuelle (Watson 2022)

  • HiTOP : 6× plus de variance en eating pathology vs DSM
  • Capter le sous-seuil cliniquement significatif
  • Perfectionnisme = trait PARTAGÉ entre OCD et Eating

Maya : le pouvoir du sous-seuil
Restriction alimentaire + insatisfaction corporelle = sous-seuil DSM mais captée par HiTOP
MSS : « Body-image distress becomes a meaningful treatment target even though it does not meet categorical criteria for an eating disorder »
Watson (2022, p. 2) : « many patients fall short of the criteria for any disorder, despite experiencing clinically significant impairment »

Crosswalk RDoC × HiTOP : du phénotype au mécanisme

HiTOP dit QUOI (le profil) | RDoC dit POURQUOI (le mécanisme) | Ensemble = guide de traitement

Domaine RDoC

Définition

Menace aiguë (NVS)

Danger IMMÉDIAT, identifiable

Menace potentielle (NVS)

Menace DISTANTE, ambiguë

Perte (NVS)

Perte d’objet significatif

Non-récomp. frustrante

Récompense attendue N’ARRIVE PAS

Réponse récompense (PVS)

Wanting (DA) + Liking (opioïde)

Systèmes cognitifs

Attention, mémoire, contrôle

Processus sociaux

Perception de soi, d’autrui

Sous-facteur HiTOP

Fear ↑

Fear + Distress ↑

Distress ↑

Distress ↑

Distress (anhédonie) ↓

Transversal

Transversal

Circuit clé

Amygdale → PAG

BNST + insula ant.

sgACC + DMN

dACC + striatum

VTA → NAcc

dlPFC, dACC

mPFC, TPJ, STS

MSS : « HiTOP identifies which clinical patterns are elevated, but elevation alone does not specify which biological system to engage pharmacologically. A proposed HiTOP–RDoC crosswalk bridges this gap. » « La peur et la détresse n’ont PAS les mêmes mécanismes RDoC → pas les mêmes traitements »

TSPT : le cas qui traverse les sous-facteurs

Le TSPT charge sur les DEUX sous-facteurs : Fear ET Distress
Il COMMENCE comme Fear (trauma aigu, amygdale, flashbacks) et PERSISTE comme Distress (dysphorie chronique, DMN, anhédonie)

Phase aiguë → Fear

  • Intrusions / flashbacks (amygdale → PAG)
  • Hyperarousal phasique (tachycardie, sursaut)
  • Évitement comportemental actif

Phase chronique → Distress

  • Dysphorie chronique, rumination (DMN↑, sgACC)
  • Anhédonie / retrait social (PA↓)
  • Hyperarousal tonique (LC → NE↑)

Mapping par composante

  • Intrusions / flashbacks → Fear (amygdale)
  • Évitement → Fear + Distress
  • Hyperarousal → Fear (phasique) + Distress (tonique)
  • Altérations cognitives/humeur → Distress (DMN, sgACC)
  • Anhédonie / retrait → Distress (PA↓)

TSPT : traitement guidé par circuit

Traitement guidé par circuit
Fear aiguë (flashbacks) [Amygdale→PAG, extinction vmPFC↓]
Hyperarousal nocturne [LC→NE↑]
Rumination/reviviscences [DMN↑, sgACC]
Anhédonie/retrait [VTA→NAcc↓ (PA↓)]

  • Exposition prolongée, EMDR
  • Prazosine (α1-bloqueur)
  • ISRS + activation comportementale
  • Bupropion si PA↓ dominant

Aperçu Section 5

Ce n’est pas « quel diagnostic traiter » — c’est « quel circuit est le plus dysfonctionnel »

Le problème : fiabilité et hétérogénéité du DSM

Fiabilité catastrophique
MDD : κ = 0.28
deux psychiatres d’accord 28% du temps
GAD : κ = 0.20
à peine au-dessus du hasard
TSPT : κ = 0.67
le « meilleur » des internalisants

Hétérogénéité combinatoire
MDD : 227 combinaisons de critères (16 400 avec sous-types)
TSPT : 636 120 combinaisons
Deux patients « déprimés » peuvent n’avoir AUCUN symptôme en commun
Comorbidité attendue : MDD + trouble anxieux ≈60%
— artefact de la segmentation catégorielle
Kotov (2017, p. 5) : « not a single mental disorder has been established as a discrete categorical entity »

« imposition of a categorical nomenclature on naturally dimensional phenomena leads to a substantial loss of information » — Kotov 2017

La solution : pouvoir explicatif et acceptation

Fiabilité dimensionnelle

ICC = .82 (Markon meta-analysis)
vs κ = .20-.28 (DSM field trials)

  • ~3× plus fiable

Pouvoir explicatif (Watson 2022, p. 15)
HiTOP : 2× plus de variance en impairment fonctionnel
HiTOP : 6× plus de variance en eating pathology
HiTOP : 2× plus de variance prédite en outcomes à 6-12 mois

80% des cliniciens du DSM-5 field trial ont évalué les dimensions positivement. Codes DSM maintenus — dimensions s’ajoutent PAR-DESSUS pour guider le traitement.

Maya revisitée

Profil HiTOP de Maya
Supraspectre internalisant : ↑↑
Sous-facteur OCD (adjacent) : dominant (Y-BOCS=22)
Sous-facteur Distress : ↑ (GAD-7=16, PHQ-9=14)
Sous-facteur Fear : ↑ (anxiété sociale)
Eating (émergent) : restriction + insatisfaction sous-seuil
Traits : perfectionnisme ↑↑, rigidité ↑↑, impulsivité ↓

DSM voit :
TOC + TAG + EDM + TCA possible = 4 dx
HiTOP voit :
1 profil dimensionnel avec hiérarchie claire → guide le traitement

Direction de traitement
1. OCD dominant → ISRS haute dose + ERP
2. Distress → réévaluer APRÈS traitement OCD
3. Fear (anxiété sociale) → probablement secondaire
4. Eating sous-seuil → surveiller, psychothérapie

« On a la carte. Maintenant : comment évaluer et comment traiter. » TRANSITION → « On sait nommer les dimensions. Mais comment les MESURER en pratique ? Quels instruments, dans quel ordre, en combien de temps ? »

PROFILAGE DIMENSIONNEL EN PRATIQUE

1
Balayage large
Instruments pré-visite (auto-rapportés) 5 domaines HiTOP : Internalisant · Ext. désinhibé · Thought disorder Détachement · Ext. antagoniste
2
Drill down sélectif
Entrevue clinique + échelles ciblées Domaines élevés → exploration détaillée Sous-facteurs, composantes, traits
3
Déprioritiser le normal
Profil dimensionnel en 15-20 min Domaines normaux = temps clinique concentré où les problèmes sont ACTIFS

PROFIL HiTOP CLINIQUE (RUGGERO 2019)

Profil dimensionnel de Maya — T-scores estimés à partir des instruments standardisés

Dimension

Supraspectre Internalisant

Sous-facteur OCD

Sous-facteur Distress

Sous-facteur Fear

Eating Pathology

Externalisant Désinhibé

Thought Disorder

Détachement

Comme un bilan sanguin — chaque valeur sur un continuum, codée par sévérité

T-score

Sévérité

Justification clinique

75

Toutes les dimensions élevées

Sévère

78

Y-BOCS=22, vérifications 2h/j

Sévère

68

GAD-7=16, PHQ-9=14

Modéré-Sévère

62

Anxiété sociale (LSAS ~40)

Modéré

55

Restriction + insatisfaction corporelle

Léger / sous-seuil

45

Impulsivité basse

Normal

48

Pas de symptômes psychotiques

Normal

50

Retrait social léger, pas dominant

Normal

LES INSTRUMENTS

Internalisant

IDAS-II; PHQ-9; GAD-7

Dépression, anxiété, TSPT, dysphorie. IDAS-II = sous-échelles dimensionnelles.

Obsessionnel-compulsif

DOCS; OCI-R

DOCS dimensionnel : contamination, responsabilité, pensées inacceptables, symétrie.

Trouble de la pensée

PID-5 (Psychoticisme); SPQ

Croyances inhabituelles, excentricité, dysrégulation perceptuelle.

Désinhibition ext.

PID-5 (Désinhibition); AUDIT; DAST

Impulsivité, mésusage de substances, irresponsabilité.

Antagonisme ext.

PID-5 (Antagonisme); CAT-PD (Hostilité)

Hostilité, insensibilité, tromperie, grandiosité.

Détachement

PID-5 (Détachement); SAS-SR

Retrait social, anhédonie, évitement de l’intimité.

Couverture complète : HiTOP-DAT, HiTOP-SR — instruments natifs du consortium (en validation)

L’ANALOGIE DU QI

QI = 70

  • Ne dit PAS pourquoi (génétique ? trauma ? privation ?)
  • MAIS guide le soutien immédiatement
  • On n’attend pas l’étiologie pour agir

Internalisant ↑↑

  • Ne dit PAS pourquoi (vulnérabilité ? stress ? trauma ?)
  • MAIS guide le traitement immédiatement
  • ISRS en première ligne, surveillance anhédonie
« Like an IQ score, a dimensional profile quantifies where patients fall on each dimension without specifying why they fall there. » — MSS (Elkrief et al.)

Caveat : Le profil est une HYPOTHÈSE de traitement, pas une explication mécanistique.
D’abord le QUOI (profil), puis le POURQUOI (circuits), puis le COMMENT (traitement).

WASZCZUK 2017 : VOUS PRESCRIVEZ DÉJÀ DIMENSIONNELLEMENT

N = 318 patients ambulatoires
Dimensions ajoutent ΔAUC = .14 au-delà des diagnostics DSM
Diagnostics n’ajoutent que ΔAUC = .04 au-delà des dimensions

  • Dimensions 3.5× mieux que DSM pour prédire les prescriptions
« Community psychiatrists already prescribe medication in this way [dimensionally] rather than following diagnostic categories. » — Waszczuk et al. 2017, Comprehensive Psychiatry Cf. First 2018 : les classifications DSM/ICD servent surtout au codage — pas au choix de traitement.
« On ne change pas votre pratique — on la rend explicite et mesurable »

SECTION 4

Vous avez le QUOI. Voici le POURQUOI.

Le profil HiTOP dit OÙ est le problème. Les circuits disent POURQUOI. Le traitement dit COMMENT.

Le traitement par paliers : la logique dimensionnelle

PALIER 1 — SUPRASPECTRE

ISRS en 1re ligne. Cible NA broad. Cipriani 2018 : différences entre agents nominales.
« Le diagnostic catégoriel contribue peu au choix de l’agent initial »

PALIER 2 — SOUS-FACTEUR

La réponse partielle RÉVÈLE le profil résiduel. NA↓ mais PA↓ → pivoter NE/DA. Fear dominant → haute dose + exposition.

PALIER 3 — COMPOSANTE

Résidus spécifiques → agents ciblés (cognition, insomnie, irritabilité, blunting).

Maya : OC dominant (T=78) → Palier 1 ISRS haute dose, puis réévaluer Distress et Fear

« starting with interventions that target the most elevated domain, then addressing residual problems at narrower levels through augmentation or sequencing strategies »

PALIER 1 : ISRS — COUVERTURE DU SUPRASPECTRE

ISRS = 1re ligne pour TOUT le spectre internalisant

  • Cipriani 2018 : 522 RCTs, 116 477 participants — différences entre agents nominales
  • Gosmann 2021 : même pattern pour anxiété et stress-related conditions
  • Mécanisme (Harmer) : modification du biais émotionnel, pas « augmenter la 5-HT »
  • Quilty 2008 : ISRS peut réduire le trait NA lui-même chez les répondeurs
  • Non-réponse précoce : 1-2 sem sans amélioration → reconsidérer (Szegedi 2009)

LE POINT CLÉ

Le choix du premier ISRS n’est PAS guidé par le diagnostic. Sertraline pour la « dépression » vs sertraline pour le « TAG » = la même molécule pour le même spectre.

« categorical diagnosis contributes little to first-line agent selection »

Harmer/CNP : comment les traitements marchent vraiment

1

2

ISRS modifient biais de perception émotionnelle

Le patient ne se sent pas mieux

3

Ce biais doit être ENACTÉ socialement

4

Amélioration clinique après 4-6 semaines

DÈS J1-7

Mais traite les visages différemment (− biais négatif)

Réapprentissage via interactions sociales

Le temps du réapprentissage social

Godlewska 2016 : biais à J7 prédit réponse à 6 semaines (~72% précision)
Modèle CNP — Godlewska & Harmer 2021, Psychopharmacology

ISRS et anxiété : même mécanisme (Robinson 2013)

  • Robinson et al. 2013 : ISRS ↓ détection menace chez volontaires sains
  • Même mécanisme que pour dépression : correction biais perceptuel pré-conscient
  • Panique, TAG, anxiété sociale = même correction du filtre de menace

Non-réponse précoce (1-2 sem) = signal pour reconsidérer
On n’attend pas 6-8 semaines « pour voir ». Le modèle CNP donne un cadre rationnel pour la décision précoce. Si le biais n’a pas changé → probabilité de réponse faible.

Le modèle 3 réseaux appliqué à l’internalisation

SN (Saillance)
CEN (Contrôle exécutif)
DMN (Mode par défaut)
Menon 2011 : SN = commutateur. Quand SN coincé ON → CEN ne reprend pas → patient en boucle DMN
Les ISRS recalibrent la détection de saillance → SN se débloque → CEN reprend

  • Détecte la menace → DEVRAIT transmettre au CEN
  • En internalisation : SN bloqué en mode ON → surcharge
  • Nœuds : insula ant., dACC, amygdale
  • Régulation, planification, inhibition
  • En internalisation : CEN hors-ligne → pas de régulation top-down
  • Nœuds : dlPFC, PPC
  • Auto-référence, mémoire autobiographique
  • En internalisation : DMN DOMINE → rumination, auto-critique
  • Nœuds : mPFC, PCC, précunéus

6 circuits, 8 biotypes (Williams 2016, Lancet Psychiatry)

Biotype

Circuit

Rumination

Default Mode

Évitement anxieux

Saillance (SN)

Biais négatif

Affect négatif

Dysrégul. menace

Affect négatif

Anhédonie

Récompense

Insensib. contexte

Récompense

Inattention

Frontopariétal

Dyscontrôle cogn.

Contrôle cognitif

Régions clés

amPFC, PCC, angular

Insula ant., amygdale

Amygdale, ACC, mPFC

Amygdale, mPFC, ACC

NAcc, VTA, OFC, mPFC

NAcc, VTA, OFC

msPFC, insula, IPL, précunéus

dlPFC, ACC, pariétal dorsal

Expression clinique

Pensée auto-réf. excessive

Surcharge stimulus, évitement

Biais vers stimuli tristes

Hyperarousal, dysrégul. émot.

Perte sensibilité au plaisir

Réponse émotionnelle aplatie

Hypovigilance

Mém. travail↓, concentr.↓

Tozzi 2024 : validation empirique des biotypes

Tozzi 2024 (Nat Med, n=801) — validation empirique

  • Biotypes sont TRANSDIAGNOSTIQUES — tous les dx DSM distribués dans tous les biotypes
  • Imagerie sous tâche ESSENTIELLE — 2 biotypes invisibles au repos
  • Treatment matching : CA+ → venlafaxine (64% réponse), DC+SC+AC+ → thérapie comportementale

Analogie cardiaque
On ne diagnostique pas une maladie cardiaque avec un ECG au repos seul — on fait un test d’effort.
Même logique pour les circuits cérébraux : repos + tâche = profil complet.

Du biotype au chevet : même dx, circuits différents

Patient A — MDD + TAG

Biotype : Menace (amygdale↑)
Circuit :
Amygdale hyperréactive aux visages menaçants
Traitement :
ISRS (→ atténue réactivité amygdalienne)
Williams 2016 : répondeurs montrent ↓ amygdale

Patient B — MDD + TAG

Biotype : Anhédonie (récompense↓)
Circuit :
NAcc/VTA hypoactif Plaisir ne s’allume plus
Traitement :
ISRS insuffisant → pivoter DA/NE (bupropion, venlafaxine)
Tozzi 2024 : biotype NSA+PA+ associé à brooding + anhédonie

Patient C — MDD

Biotype : Cognitif (dlPFC↓)
Circuit :
CEN hypoactif Concentration↓, mém. travail↓
Traitement :
Vortioxétine (DSST+) ou rTMS dlPFC
Hack 2023 (JAMA NO) : 27% du MDD = biotype cognitif

PALIER 2a : DISTRESS — QUAND PA↓ PERSISTE

ISRS a réduit NA (moins d’anxiété, moins de rumination) MAIS patient toujours anhédonique, amotivé, « flat »
« it is clinically expected that negative affect may decline while low positive affect persists »

Venlafaxine 150-187.5mg+
Composante NE → amélioration anhédonie/motivation (McIntyre 2024)

Bupropion
DA/NE → reconnaissance signaux récompense dès J1 (Walsh 2018)

Aripiprazole augmentation
Bénéfice pour déficits intérêt-activité sévères (Uher 2020)

Pramipexole
Agoniste DA direct → gains spécifiques anhédonie (Browning 2025)

Caveat : l’anhédonie peut encore répondre aux mécanismes sérotoninergiques (Ostinelli 2025) — ne pas abandonner ISRS prématurément

Distress : deux circuits, deux cibles

NA↑ — Le biais négatif (sérotoninergique)

sgACC/SN suractivé → filtre de menace bloqué

ISRS corrige le biais perceptuel dès J7 (Harmer)

= le traitement du supraspectre (palier 1)

PA↓ — L'anhédonie (dopaminergique)

VTA/NAcc hypoactif → circuit récompense éteint

L'ISRS ne touche PAS ce circuit

→ pivoter DA/NE (bupropion, venlafaxine)

PALIER 2a : Réponse partielle ISRS + anhédonie résiduelle

= signal pour pivoter, pas un « échec »

PALIER 2b : FEAR — MENACE, EXTINCTION, BZD

Fear = NA↑ partagé + réactivité à la menace ↑ spécifique

APPROCHE

▸ ISRS en 1re ligne (adresse le biais négatif partagé)
▸ Exposition = traitement CLÉ (renforce vmPFC → amygdale = extinction)
▸ BZD : bridging pendant initiation ISRS ou crise aiguë uniquement
▸ PAS de BZD en monothérapie

⚠ CAVEAT BZD

« benzodiazepines can impair fear-extinction learning through state-dependent effects and reduced prediction error during exposure » (Otto 2010)

« Clinicians are therefore often found weighing the short-term value of symptom relief against the longer-term aim of supporting fear-extinction learning. »

Fear : menace, extinction, traitement

Deux types de menace

Menace aiguë

Amygdale BLA → CeA → PAG

Fight / flight / freeze

→ phobie, panique

Menace soutenue

BNST (bed nucleus stria terminalis)

Anxiété tonique, heures/jours

→ TAG, intolérance à l'incertitude

Amygdale = menace PRÉSENTE
BNST = menace POSSIBLE

Pourquoi les ISRS marchent

Même mécanisme Harmer :

ISRS ↓ détection de menace au niveau pré-conscient

Le filtre amygdalien est recalibré AVANT que le patient ne le sache

Robinson 2013 :

même correction du biais chez volontaires sains

C'est pourquoi un ISRS aide pour panique, TAG, anxiété sociale, TSPT → même filtre, même correction

Pourquoi l'exposition marche

Extinction :

vmPFC → ITC → amygdale

= nouveau souvenir qui INHIBE l'ancien (pas d'effacement)

Craske 2014 :

violation d'attente = clé de l'apprentissage inhibiteur

BZD = DANGER

« Comportement de sécurité chimique » — le patient attribue sa survie au médicament, pas à l'absence de danger → empêche l'extinction

PALIER 2c : OCD — PROFIL PHARMACOLOGIQUE DISTINCT

OCD ≠ Fear standard → traitement différent. Charge factorielle adjacente, pas interne au Fear.

PHARMACOLOGIE

▸ ISRS HAUTE DOSE : fluoxétine 40-80 mg, sertraline 150-200 mg (Kayser 2020)
▸ AP atypiques : augmentation si réponse partielle (Dold 2015)
▸ Glutamate : mémantine (Modarresi 2019)
▸ Clomipramine : cas sévères/réfractaires (Kayser 2020)

PSYCHOTHÉRAPIE

ERP (exposition avec prévention de la réponse) — pas TCC standard

MAYA

OC dominant → ISRS haute dose + ERP en premier. Réévaluer détresse APRÈS.

PALIER 3 : CIBLER LES COMPOSANTES RÉSIDUELLES

Après paliers 1-2, il reste souvent des composantes spécifiques :

Dysfonction cognitive
Vortioxétine
Seul AD avec DSST+ vs placebo en NMA (Baune 2018, Zhang 2022)

Insomnie
Mirtazapine, agomélatine
Guidelines (Kennedy 2016)

Blunting émotionnel sous ISRS
Switch vortioxétine
Fagiolini 2020

Irritabilité
ISRS (effet anti-agressif)
Fava 1993 — understudied

« Le palier 3 est le fine-tuning. Le gros du travail est fait aux paliers 1-2. »

LA PSYCHOTHÉRAPIE VUE PAR LES DIMENSIONS

Pas « TCC pour la dépression » — psychothérapie par dimension :

NA↑ (spectre)

Protocole Unifié de Barlow — transdiagnostique, cible régulation émotionnelle

Fear

Exposition (renforce vmPFC → amygdale = extinction)

Distress-PA↓

Activation comportementale (re-engage circuit récompense)

OCD

ERP spécifiquement

Traits (rigidité, perfectionnisme)

Cibles psychothérapeutiques, PAS pharmacologiques

MSS sur Maya : « the underlying rigidity and perfectionism are identified as psychotherapeutic targets rather than pharmacologic ones »

Maya : ses circuits

OCD dominant — Boucle cortico-striatale

  • OFC hyperactif → caudé → thalamus → retour OFC = boucle fermée
  • Obsessions = signal d’erreur qui ne s’éteint pas
  • Cible : ISRS haute dose + ERP

Distress secondaire (secondaire)

  • sgACC (BA25) hyperactif → DMN bloqué rumination
  • NA↑ + PA partiellement bas (secondaire à l’OCD)
  • Cible : ISRS couvre ici aussi → réévaluer APRÈS réponse OC

Fear composante (anxiété sociale)

  • Amygdale hyperréactive stimuli sociaux + vmPFC sous-activé
  • Cible : exposition graduelle sociale (après stabilisation OC)

Eating (sous-seuil)

  • Insula (intéroception) + restriction = dysrégulation valence alim.
  • Impact limité → monitoring, pas pharmacologie

SÉPARER SYMPTÔMES ET IMPACT FONCTIONNEL

MSS : dimension élevée ≠ toujours impact fonctionnel

Le chirurgien obsessionnel
Traits OC élevés → adaptatifs dans son contexte → pas de traitement

Symptômes ↑↑ | Impact ↓

L’arrêt de travail
PHQ-9 modéré mais arrêt de travail → l’impact guide l’urgence

Symptômes ↑ | Impact ↑↑

Maya : eating
Burden élevé mais impairment limité → monitoring + psychothérapie, pas pharmacologie

Symptômes ↑ | Impact ↓

« Mesurer symptômes et impairment sur des axes SÉPARÉS permet de décider : réduire les symptômes ? Soutenir le fonctionnement ? Les deux ? »

Synthèse circuits : la grille pour prescrire

Dimension

Circuit

NA↑ (spectre)

Amygdale / SN / DMN

Système RDoC

Neg valence (broad)

Cible moléculaire

5-HT (ISRS)

Fear

Amygdale-PAG / BNST

Menace aiguë/soutenue

5-HT (biais menace, Harmer) + extinction (vmPFC→amyg) + UP Barlow

Distress-PA↓

VTA / NAcc

Récompense↓

DA / NE

OCD

Boucle OFC-caudé

5-HT haute dose, glutamate

Cognition↓

CEN / dlPFC

Cognitive systems

Vortioxétine

DOUBLE SYNTHÈSE : PHARMA × PSYCHO PAR DIMENSION

Dimension
Distress PA↓
Pharma 1re ligne
ISRS
Si partiel
Bupropion, NE/DA

Fear

Amyg/BNST/vmPFC

ISRS

OCD

OFC-caudé

ISRS hte dose

TSPT

vmPFC↓/amyg↑

ISRS

Anhédonie

VTA/NAcc

Bupropion/venl.

Cognition↓

CEN/dlPFC

Vortioxétine

Insomnie

Mirtaz./agomél.

Traits

NON pharmaco

« Chaque ligne = une hypothèse de traitement dérivée du profil. Le profil guide les DEUX colonnes — pharma ET psycho. »

BZD bridging

Exposition

Extinction

AP, méman., clomi

ERP

Signal erreur

Prazosine

Expo prol./EMDR

Mém. context.

Pramipex., kétam.

Activation comp.

WANTING (DA)

Remédiation cog.

Ctrl exécutif

TCC-I

Hyg./condition.

Psychothér. longue

Schémas cogn.

LE MONITORING DIMENSIONNEL

Le profil dimensionnel = base pour le measurement-based care
« Repeated, standardized scores signal when to stay the course, when to intensify, and when to reframe the target »

STAY THE COURSE

NA↓ progressivement aux sem. 2-4. Moins de rumination, meilleur sommeil → continuer.

Scores NA baissent

INTENSIFIER

Non-réponse NA à 1-2 sem → reconsidérer agent (Szegedi 2009). Ne pas attendre 6-8 semaines.

Scores NA stables

REFRAMER LA CIBLE

NA↓ mais PA↓ persiste → le profil résiduel CHANGE la cible → pivoter (palier 2). Rémission symptomatique mais impairment persistant → focus fonctionnel.

PHQ-9, GAD-7 (ou mesures HiTOP) à chaque visite. Le score est votre GPS.

NA↓ mais PA↓

LES CAVEATS DU MODÈLE DIMENSIONNEL

CAVEAT 1 : ÉQUIFINALITÉ

Même symptôme, mécanismes différents → le profil = hypothèse, pas diagnostic mécanistique.
« dimensional targets function as treatment hypotheses, plausible starting points to test against clinical response »

CAVEAT 2 : TRAIT vs ÉTAT
Pharmacothérapie → cible surtout l’état (épisode actuel). Psychothérapie → cible le trait (vulnérabilité stable). Ajuster les attentes.

NOTE PRATIQUE : HiTOP pas encore dans les guidelines officielles. Assurances = codes DSM. « On ne jette pas le DSM. On l’AUGMENTE. »

PROTOCOLE UNIFIÉ DE BARLOW — « L’ISRS DE LA PSYCHOTHÉRAPIE »

RCT — Barlow et al. 2017, JAMA Psychiatry
n = 223, troubles émotionnels (panique, TAG, phobie sociale, OCD)
▸ UP vs SDPs : d = 0.15 (IC95% −0.16 à 0.46) — équivalence
▸ Les deux > WLC : d = −0.93 (UP), d = −1.08 (SDPs)
▸ Rémission : 63.6% UP vs 57.1% SDPs (post-trait.)
▸ 6 mois : 70.5% UP vs 62.6% SDPs
▸ 61.9% UP sans AUCUN trouble émotionnel (vs 47.4% SDPs)

5 MODULES :

1. Conscience émotionnelle pleine
2. Flexibilité cognitive
3. Prévention de l’évitement émotionnel
4. Tolérance des sensations physiques
5. Expositions intéroceptives et situationnelles

MIROIR DU PALIER 1

ISRS = couverture large en pharmaco (slide 35)
UP = couverture large en psychothérapie
Cible le mécanisme COMMUN : dysrégulation émotionnelle (NA/névrosisme)

Retour à Maya : profil complet + plan

Profil dimensionnel Maya

  • Internalisant ↑↑ (OC dominant > Distress > Fear)
  • Eating : sous-seuil mais cliniquement significatif
  • Traits : perfectionnisme ↑↑, rigidité ↑↑, impulsivité ↓
  • Impact fonctionnel : élevé (académique, social)

Plan dimensionnel
Palier 1 : ISRS (supraspectre)
OC dominant : monter à haute dose (palier 2c)
Réévaluer : détresse APRÈS réponse OC
ERP : + psychothérapie traits (perfectionnisme, rigidité)
Eating : monitoring + psychothérapie, pas pharmacologie

Cas Ruggero 2019 — DSM vs HiTOP

Femme, 27 ans — isolement social croissant
Se présente avec affect restreint, réponses courtes. Humeur dépressive depuis plusieurs mois. Hypersomnie, fatigue constante, idéation suicidaire passive (« un sommeil permanent »). Perte d’intérêt, appétit diminué, retrait social.
Amitiés proches « brûlées » — dit qu’elle « utilise » ses amis. Vit seule. Relations chaotiques avec les hommes — excitation initiale puis volatilité. Certaines débutées après consommation excessive d’alcool.
Anxiété sociale aux réunions familiales : sudation, tremblements, dyspnée, vertiges. Peur de « devenir folle ». Se sentait sans valeur depuis des années. Abus sexuel à l’adolescence — réticente à élaborer, évite le quartier où c’est arrivé.
DSM-5 : 6 dx (MDD, TSPT, phobie sociale, panique, TPL provisoire, personnalité évitante). 40 dx possibles + 88 modificateurs.
HiTOP : Internalisant sévère (98e percentile) + Antagoniste externalisant (92e percentile). UN profil → Protocole Unifié + techniques interpersonnelles ciblées.

Cas Thomas, 45 ans — anhédonie dominante

Thomas — « je ne ressens plus rien »
Profil dimensionnel :
Distress ↑ (mais NA modéré)
PA ↓↓ dominant — circuit récompense éteint
DSM : MDD sévère. HiTOP : profil anhédonique du spectre internalisant.

  • Divorce récent, insomnie, plus d’intérêt
  • PHQ-9 = 20 mais PAS de tristesse marquée
  • Mot-clé = « rien » (pas triste, pas inquiet — rien)

Ce patient ne répondra probablement pas bien à un ISRS seul — son profil PA↓ guide un pivot vers DA/NE
Plan : ISRS → si PA ne remonte pas → bupropion / venlafaxine NE-dose / kétamine

Corticostéroïdes + IBD

Cas réel — Supplément MSS (Wendt et al. 2024)
Jeune femme, IBD active. Se présente avec humeur basse, fatigue, appétit diminué, troubles du sommeil. PHQ-9 = 15 → dx MDD modéré → vortioxetine 10 mg.
3 semaines plus tard : hospitalisation pour flare IBD → corticostéroïdes haute dose. Apparition de voix internes, anxiété marquée, insomnie. Haloperidol PRN initié — atténue l’agitation mais ne résout pas le tableau.
Reformulation dimensionnelle (HiTOP-informed) :

  • PID-5 : affectivité négative (TRAIT de longue date, pas état dépressif) + psychoticisme (dimension ACTIVE)
  • PHQ-9 gonflé par symptômes somatiques IBD (fatigue, appétit, sommeil = 3 items IBD, pas dépression)
  • DASS-21 : distress et fear état → relativement bas
  • CAPE-P15 : psychoticisme = dimension prioritaire active
  • Arrêt vortioxetine. Réduction corticostéroïdes. Risperidone 1 mg/j. Résolution. Référée au programme psychose précoce pour monitoring.

Trauma + préoccupation somatique

Cas réel — Supplément MSS (Wendt et al. 2024)
Jeune homme, réfugié. Anxiété sévère, douleurs diffuses, insomnie, préoccupation fixe avec changements corporels perçus. Stigma culturel lié au genre et à la sexualité complique la divulgation.
Évaluations multiples sur plusieurs années → dx séquentiels : TSPT, trouble délirant, anxiété. ISRS multiples + BZD → bénéfice limité, adhérence inconsistante. Aucune formulation catégorielle n’expliquait le tableau complet.
Reformulation dimensionnelle (HiTOP-informed) :

  • PID-5 : affectivité négative + détachement + psychoticisme
  • PDS-5 : hyperarousal > trauma classique (arousal-driven, avoidance-maintaining)
  • Dysfonction sexuelle sous ISRS amplifiait la détresse + préoccupation somatique (iatrogène)
  • Présentation somatique reconceptualisée comme dimension thought-disorder, pas trouble délirant
  • Arrêt ISRS. Risperidone 2 mg/j progressive. Zolpidem court terme. Anxiété ↓, préoccupation somatique moins fixe, sommeil amélioré. Psychothérapie trauma-informée après stabilisation.

Merci

TOC — TAXONOMIE NEUROCIRCUITAIRE

  1. Cinq neurocircuits du TOC
  2. Shephard et al. 2021, Biological Psychiatry: CNNI, 6(4), 367-383
  3. 1. Fronto-limbique — Peur, intolérance à l'incertitude
  4. 2. Sensorimoteur — Habitudes, phénomènes sensoriels
  5. 3. Cognitif ventral — Inhibition de la réponse
  6. 4. Affectif ventral — Récompense, compulsions hédoniques
  7. 5. Cognitif dorsal — Fonctions exécutives, rigidité

Circuit 1 : Fronto-limbique

Amygdale

Détection menace

vmPFC

Signal de sécurité / extinction

dlPFC / dmPFC

Contrôle top-down

Dysfonctionnements

• Hyperactivité amygdalienne aux stimuli obsessionnels

• Extinction déficitaire — vmPFC ne signale plus la sécurité

• Intolérance à l'incertitude — vmPFC + amygdale hyperréactifs à l'incertain

Profil clinique

• Obsessions de contamination, de harm — déclenchées par la peur

• Besoin impérieux de certitude : doute somatique, vérification

• La réponse physiologique (tachycardie, nausée) confirme l'obsession

Cibles thérapeutiques

Cibles thérapeutiques

  • TCC/ERP — Renforce vmPFC → amygdale (extinction). Shephard : patients avec dysfonctionnement fronto-limbique répondent mieux à la TCC
  • ISRS — Réduisent réactivité limbique aux stimuli menaçants. Connectivité raphé-amygdale prédit réponse
  • rTMS dlPFC — HF gauche : réduit activité amygdalienne et modifie connectivité amygdale-dmPFC (sham-controlled)

Circuit 2 : Sensorimoteur

Putamen

Exécution motrice / habitudes

Insula postérieure

Phénomènes sensoriels / urges

SMA / CMA

Séquençage moteur

Dysfonctionnements

  • • Phénomènes sensoriels : sensations aversives → rituels pour le « just right »
  • • Compulsions habitualisées : automatiques, sans obsession consciente
  • • Urges-for-action : insula + CMA — même réseau que les tics (Tourette)
  • Profil clinique
  • • 60-70% des patients TOC rapportent des phénomènes sensoriels
  • • Ranger, compter, symétrie — pas pour éviter un danger, pour la complétude
  • • Les rituels perdent leur sens initial mais persistent (habitude)

Cibles thérapeutiques

  • Habit-reversal — Conscientisation des automatismes + réponse compétitive. Efficace quand le patient ne reconnaît plus le précurseur sensoriel
  • Deep TMS H7 — Cible mPFC/ACC. RCT multicentrique n=99 avec provocation symptomatique individualisée, supérieur au sham (Carmi 2019). Approuvé FDA 2018
  • ERP + awareness — ERP classique + composante de détection du précurseur. Pour les compulsions devenues automatiques

Circuit 3 : Cognitif ventral

Gyrus frontal inférieur (IFG)

Inhibition de la réponse

Noyau sous-thalamique (STN)

Frein d'urgence moteur

Dysfonctionnements

  • • Inhibition de la réponse déficitaire (IFG et/ou caudé sous-activés)
  • • Le patient reconnaît l'excès mais ne peut pas retenir le comportement
  • • Distinction par dimension : checkers ont inhibition plus faible que washers
  • Profil clinique
  • • Vérifications excessives malgré conscience de l'excès
  • • Rituels que le patient ne peut pas interrompre une fois déclenchés
  • • Ego-dystonicité marquée : « je sais, mais je ne peux pas »

Cibles thérapeutiques

  • DBS STN — Oscillations theta réduites lors d'échecs d'inhibition, normalisées par stimulation. Fluctuations sévérité TOC corrélées avec theta sur 1 an post-DBS
  • DBS VC/VS (ALIC) — Augmente oscillations theta préfrontales incluant IFG pendant tâche d'inhibition. Réseau de fibres blanches commun à tous les sites DBS efficaces
  • Neurofeedback IFG — Données TDAH : augmente activité IFG + connectivité IFG-striatale. Transférable au TOC avec profil checking

Circuit 4 : Affectif ventral

OFC

Évaluation de la valeur

NAcc

Signal de récompense

Thalamus / Caudé

Boucle de retour

Dysfonctionnements

  • • NAcc et OFC sous-activés à l'anticipation de récompense normale
  • • Connectivité NAcc-OFC augmentée au repos, corrélée avec sévérité
  • • Anhédonie cliniquement significative, indépendante de la dépression
  • Profil clinique
  • • Compulsions vécues comme satisfaisantes — renforcement positif
  • • Accumulation (hoarding) : acquisition = récompense, jet = perte
  • • Symétrie, complétude : le rituel procure un sentiment de plaisir
  • • Le circuit de récompense normal est sous-activé sauf par les rituels

Cibles thérapeutiques

  • DBS NAcc — Améliore symptômes + réduit activité NAcc aberrante + restaure connectivité fronto-striatale dans le TOC réfractaire
  • DBS faisceau médial (MFB) — Fibres blanches du circuit récompense. Développé pour dépression résistante, efficace aussi dans le TOC réfractaire
  • Agents dopaminergiques — Pramipexole, amisulpride : modulent le circuit récompense. Données préliminaires sur l'activité neurale reward-related

Circuit 5 : Cognitif dorsal

dlPFC

Fonctions exécutives

Caudé dorsal

Planification, séquençage

Cortex pariétal inf.

Mémoire de travail

Dysfonctionnements

  • • Mémoire de travail déficitaire — doute pathologique (« j'ai vérifié ? »)
  • • Set-shifting réduit — rigidité cognitive, difficulté à changer de stratégie
  • • Régulation émotionnelle top-down affaiblie — le PFC ne descend plus la peur
  • • Connectivité dlPFC-striatale réduite pendant les tâches exécutives
  • Profil clinique
  • • Doute pathologique : le patient ne fait pas confiance à sa propre mémoire
  • • Perfectionnisme exécutif : refait la séquence parce qu'elle « n'était pas bonne »
  • • Rigidité : difficulté à adapter le comportement quand la situation change

Cibles thérapeutiques

  • rTMS dlPFC — Efficace même dans TOC réfractaire. Basse et haute fréquence toutes deux supérieures au sham (méta-analyse 18 RCTs)
  • tDCS pré-SMA — Cible le circuit sensorimoteur-cognitif. Cathode sur pré-SMA, efficacité modeste
  • Training cognitif — Stratégies organisationnelles et planification. 3-4 études : améliore fonctions exécutives ET symptômes TOC
  • TCC — recadrage — Recrute le dlPFC pour régulation émotionnelle top-down. Augmentation activité préfrontale dorsale post-traitement